Voiture électrique : la Fondation Nicolas Hulot appelle à une “transition juste”

Peut-on concilier climat et emploi dans l’industrie automobile? Le Think tank de la FNH et la CFDT Métallurgie se sont penchés sur la question et ont passé la filière française « moteur »  au banc d’essai. Dans un rapport inédit, ils démontrent que c’est bien la conversion à l’électrique et l’économie circulaire qui permettront de garantir l’avenir de cette filière et de ses salariés.

Le nouveau rapport soulève la question de l’avenir de l’automobile en France

Bruxelles a dévoilé mercredi un « big bang » législatif pour atteindre les objectifs climatiques de l’Union européenne ; nous y reviendrons en détails lors de notre prochaine publication. Or, comme nous le savons, l’industrie automobile est un acteur clé de la décarbonation des transports. D’ici 2030, elle doit accélérer son virage vers l’électrique afin de répondre aux objectifs climat européen, puis s’engager sur la voie, fixée par la loi Mobilité, d’une décarbonation totale d’ici 2050.

Pourtant, le virage vers l'électrique reste très controversé dans le milieu industriel. Alors que certains estiment que les nouvelles activités qui entourent la voiture électrique (batteries, recyclage, etc.) représentent un vrai levier pour l'économie, d'autres redoutent que sa production, plus simple que celle d'un véhicule essence ou diesel, menace plusieurs milliers d'emplois. Pour tenter d'y voir plus clair, le Think tank de la Fondation Nicolas Hulot et de la CFDT Métallurgie vient de publier un nouveau rapport qui soulève, ni plus ni moins, la question de l’avenir de l’automobile…

4 pistes d’avenir au banc d’essai

 

Alors que l’électrique impose un véritable changement de paradigme aux constructeurs, le document en question envisage plusieurs scénarii et formule des propositions pour que cette transition écologique n’entraine pas la fin de la filière industrielle française.

 

Pour répondre précisément à ces questions, la FNH et la CFDT Métallurgie ont construit 4 scénarii. Le premier concerne la désindustrialisation « qui n'est que la prolongation des tendances actuelles ». Le rapport ajoute que cela pourrait conduire à la fin de l'industrie automobile en France avec une baisse de 70 % des effectifs en 2050.

 

Le scénario 2 met en évidence que la politique actuelle de relance, initiée en 2020, ne permettra ni de mettre un terme à la désindustrialisation, ni de répondre au défi climatique. L’objectif de fin de vente des véhicules diesel et essence, fixé à 2040, est « trop tardif » pour le climat, et en 2050, la division par deux des effectifs se révèle « inéluctable. »

Le scénario 3 de la relance industrielle permettrait peut-être de maintenir l'emploi, mais son application est jugée irréaliste par les auteurs du rapport. Il est basé sur le maintien des volumes de production de moteurs et une accélération du passage à l'électrique, sans toutefois anticiper les besoins de sobriété (réduction des consommations d'énergie et de matières, évolution des usages).

Enfin, le scénario 4, dit de « la transition juste », mise sur une restructuration de l'appareil productif autour d'une « filière intégrée » : moteurs- batteries - véhicules - recyclage.

 

Privilégié par les auteurs du rapport, ce scénario mise sur la fin de production des véhicules essence et diesel en 2030, puis des hybrides en 2035, ainsi que l’engagement dans l’économie circulaire.

« CETTE « Transition juste» permettra de produire en France 2,3 millions de moteurs, 2 millions véhicules électriques et environ 100 GW de production de batteries à horizon 2030»

« Seul ce 4e scénario démontre la possibilité de répondre à la fois aux enjeux sociaux et environnementaux »,  commente le rapport qui juge que cette « transition juste » permettra de produire en France 2,3 millions de moteurs, 2 millions de véhicules électriques et environ 100 GW de production de batteries à horizon 2030. Le document estime en outre que ce scénario permettra de générer 33 % d'emplois supplémentaires par rapport au scénario lié à la poursuite des politiques actuelles.

« Cette filière électromobilité dynamique pourra avoir un impact positif sur la filière auto et le tissu économique (sous-traitants, services…) tout en respectant l'objectif de décarbonation totale des transports à 2050 », résument les auteurs.

 

Une feuille de route en trois points

Pour mener à bien ce scénario de transition juste, la FNH et la CFDT dressent un plan d'action en trois points. D’abord il s’agit de créer les conditions de la relocalisation en mobilisant autour du « made in France » les entreprises et le gouvernement pour l'équipement des flottes et la commande publique.

Il faudra, poursuit le rapport, accompagner la transformation de la filière en formant les salariés aux nouveaux métiers et en multipliant les dispositifs de conversion. Le 3e point réclame d’ « oser une gouvernance ouverte » en engageant une mobilisation collective des différentes parties prenantes.

« Les acteurs régionaux, les pôles de compétitivité, doivent travailler avec les entreprises et les syndicats dans le cadre de conférences sociales régionales », cite pour exemple le rapport.

Pour la FNH et la CFDT, la première étape de ce plan serait d'engager la mise en place d'Etats généraux de l'automobile. L’objectif est de réunir l'ensemble des acteurs concernés pour « tracer une voie d'avenir et redonner vie » à la stratégie industrielle française.

 

La voiture de demain sera électrique

Nicolas Hulot a invité le gouvernement à "anticiper" davantage les évolutions à venir, pour que la France ne soit pas à la traîne de ses concurrents européens et asiatiques, et donc à "avancer un certain nombre d'échéances".

L’ancien ministre a tenu également à souligner que la France avait à l'heure actuelle deux projets de "gigafactories" - des "usines géantes" fabriquant des batteries - et a appelé "à faire en sorte de changer d'échelle et qu'un peu comme l'Allemagne on multiplie ces structures". Renault vient d’ailleurs d'annoncer un troisième projet en France, qui sera créé par la jeune société grenobloise Verkor, avec une première ligne pilote prévue pour 2022.

En parallèle à ce rapport, indique Avere France, le Boston Consulting Group (BCG) publie lui aussi une étude d'impact de l'électrique sur l'emploi automobile. Selon elle, en 2030, environ 60 % des voitures produites seront électriques et 36 % d'entre elles seront hybrides. Le BCG étudie différentes tendances pour l'avenir de la filière et estime que les pertes de l'activité historique seront compensées par les nouveaux emplois créés (électromobilité, production de batteries, infrastructures de recharge, etc.)... C’est aussi la conclusion de la Fondation Nicolas Hulot.

En France, près de 40 000 véhicules électriques et hybrides rechargeables ont été mis à la route en juin 2021. C'est un nouveau record. "En parallèle, le cap des 600 000 véhicules électrifiés rechargeables en circulation a été passé et la barre des 15 % de parts de marché dépassée", complète Cécile Goubet, Déléguée Générale de l'Avere-France. Il reste à savoir quel impact aura la baisse de 1 000 euros du bonus écologique, effective depuis le 1er juillet, sur les prochaines immatriculations.

 

Lien :

Le rapport est disponible ici

Sources : fondation-nicolas-hulot.org, avere-france.org, AFP, novethic.fr

Par Didier ROUGEYRON, journaliste spécialisé en mobilités durables pour les régions Europe/Asie