À quoi ressembleront les stations-services en 2030 ?

Nouvelles énergies, automatisation, évolutions des infrastructures de mobilité ou encore des usages : face à un environnement en mutation accélérée, les stations de distribution de carburant doivent se réinventer. L’offensive multi-énergies a déjà commencé.

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Crédit : mobility.totalenergies.com

Le nombre de stations-services n’a cessé de se réduire en France : de 40 000 en 1980, on en comptait environ 15 000 unités en 2018. Diminution des marges, durcissement des réglementations et concurrence exacerbée de la grande distribution ont, en effet, engendré une chute rapide du nombre de stations, particulièrement dans les zones rurales et les cœurs de ville. Aujourd’hui, la transition énergétique, l’évolution des énergies alternatives (GNC, électricité,…), des normes (ZFE= Zones à Faibles Émissions,…) ou encore des usages (covoiturage, autopartage,…) poussent à repenser les stations-services. À quoi ressembleront-elles demain ?

 

4 tendances se dessinent

 

Dès 2028, les carburants alternatifs au diesel ou à l’essence devraient représenter 16% de la consommation énergétique des transports routiers. Un changement de paradigme s’annonce donc pour les exploitants de stations-services qui devront progressivement diversifier leur offre pour ne pas disparaître face à la concurrence de la grande distribution et des nouveaux acteurs de l’énergie.

 

Repenser la station de demain ne peut se faire qu’en prenant en compte l’ensemble d’un écosystème aussi complexe que prometteur : l’automatisation des véhicules, le renouvellement des infrastructures de mobilité (routes, parkings…) et des usages (covoiturage, par exemple), enfin l’évolution des réglementations. Pour autant, les acteurs et les briques technologiques sont déjà prêts à créer la station du futur.

Pour l’énergéticien GRDF, 4 tendances nettes se dessinent. La première est de proposer des offres innovantes et personnalisées aux usagers, comme des services et des prix en fonction du temps alloué à la recharge. Une file rapide permettrait de faire le plein en moins de 5 mn sans sortir de son véhicule, tandis qu’une file lente permettrait de recharger le véhicule pendant que le conducteur  profiterait d’une pause détente à l’extérieur.

Ensuite, les stations-services pourront mutualiser les usages et devenir le trait d’union entre les nouvelles formes de mobilité. C’est la deuxième tendance. En se positionnant en hub de mobilité multimodal, les stations élargiront leurs services (relais colis, pause café, restaurant) et intégreront possiblement des formes de mobilité nouvelles (transports en commun, vélo et véhicules en libre-service, covoiturage, trottinettes électriques, etc).

"En remplaçant les territoires et leurs populations au coeur de leur ambition, les stations pourront contribuer à l'économie circulaire"

Toujours pour le fournisseur français d’énergie, les stations de 2030 auront deux objectifs. Le premier sera de replacer l’humain comme élément clé de l’expérience client en créant un lieu convivial, accueillant et multi services. Le second sera de donner du sens en proposant un acte d’achat responsable et favorisant l’économie locale.

« En replaçant les territoires et leurs populations au cœur de leur ambition, les stations pourront contribuer à l’économie circulaire et valoriser leur image en tant que partie prenante engagée dans la transition énergétique », souligne  GRDF.

 

La fin d’un modèle économique ?

La 4e tendance sera la livraison du carburant demandé à domicile ou sur le lieu de travail. Certaines startups proposent déjà ce service qui permet une réduction des déplacements et un gain de temps appréciables pour les utilisateurs.

 

La montée en puissance du GNV et de l’électricité offrent également des opportunités nouvelles : chaque entreprise ou logement raccordé aux réseaux électriques ou gaz prendra de facto l’allure d’une « station-service ». Il restera alors à amortir les coûts d'infrastructure (compresseur ou borne de recharge rapide).

Bien sûr il subsiste quelques points durs. Pour accompagner l'évolution énergétique du transport routier, les stations-service multi énergies se développent dans un contexte de concurrence renforcée et sont notamment ralenties par d’importants investissements à consentir, un frein qui reste dissuasif. « Une station GNV, électrique ou hydrogène nécessite une enveloppe budgétaire d'environ 1 million d'euros », observe Nicolas Ducrot, directeur général de Thévenin & Ducrot (Avia). Pour rentabiliser ce montant, il faut donc réaliser des volumes de distribution importants. Selon les professionnels, la rentabilité de telles stations est envisageable à partir de 25 véhicules par jour, un seuil difficile à atteindre.

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Enjeux : Les stations auront très certainement de multiples énergies à distribuer

Crédit : grdf.fr

Une transition énergétique et technologique

D’un point de vue technique, les bornes de recharge souffrent d'une obsolescence accélérée. Les infrastructures installées en 2015 doivent déjà être remplacées, souligne Les Echos. D’autre part, si les distributeurs de carburants traditionnels ont toute leur légitimité sur les stations hydrogène, ils ont davantage de difficultés sur l'électrique où ils se heurtent notamment à des multinationales de l'énergie.

 

Désormais en tout cas, la plupart des nouveaux projets de construction de stations adoptent une approche multi-énergies. Sous la marque V-Gas créée en 2012, Proviridis projette l’ouverture de 50 stations GNV, électrique et hydrogène d'ici à 2025. « Le temps que se développent les transports ferroviaires et fluviaux, l'atmosphère sera saturée de particules fines et de dioxyde d'azote issus de la combustion des moteurs diesel des poids lourds. Notre réseau présente une alternative plus flexible pour décarboner la route avec une offre de carburants proches du zéro CO2 », commente Eric Ronco, président-fondateur de l’entreprise.

 

Les acteurs indépendants tentent d’ores et déjà de tirer leur épingle du jeu et espèrent rivaliser à l’avenir avec des grands groupes comme TotalEnergies ou Engie. Enfin, face à la disparition des stations services rurales et au déploiement d’énergies alternatives, des villes installent leurs propres stations traditionnelles, GNV ou électriques. Cette offre de carburants génère des recettes pour le territoire et contribue à l’économie circulaire grâce à des énergies produites, distribuées et consommées localement.

 

Les 4 tendances émergentes évoquées dans cet article sont à explorer dans une étude prospective menée par GRDF avec l’école du design :

https://bit.ly/3A8pOQC

 

 

Sources :   grdf.fr, lesechos.fr, TotalEnergies, Engie

Par Didier ROUGEYRON, journaliste spécialisé en mobilités durables pour les régions Europe/Asie