Cap sur la protection des ports: Adapter le transport maritime de marchandises au changement climatique

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La mobilité des biens dépend en grande partie du transport maritime: entre 50 et 80% de tous les transports de marchandises (selon que l’on mesure en termes de tonnage ou de valeur) sont assurés par des porte-conteneurs océaniques. Les ports maritimes du monde entier, qui relient les navires de charge à leurs destinations terrestres, sont le maillon crucial de la chaîne d’approvisionnement mondiale.

La fonte des calottes glaciaires et l’expansion de l’eau de mer provoquées par le réchauffement climatique entraînent une élévation du niveau des océans. Les changements climatiques se traduisent aussi par des ondes de tempête, des marées et des vents plus forts, des tempêtes tropicales plus fréquentes et plus intenses, et des phénomènes météorologiques extrêmes de toutes sortes.

Bien que les porte-conteneurs modernes soient dotés de nombreux outils permettant de contrecarrer la menace posée par les conditions météorologiques difficiles, on ne peut en dire autant des ports. Ces infrastructures de plusieurs millions de dollars sont immanquablement situées sur la côte, et leurs quais sont au niveau de la mer ou très près de celui-ci. Certains experts estiment que bon nombre – pour ne pas dire la plupart – des grands ports du monde subiront de sérieux dommages au cours du prochain siècle, à moins que les installations actuelles ne soient modernisées ou renforcées.

Quelle que soit la façon dont on s’y prendra pour y arriver, voici là une tâche qui s’annonce compliquée, lente et très coûteuse.

 

Solutions à l’horizon

Des chercheurs de Stanford se sont récemment intéressés de près à ce problème. Le rapport SUPERSLR (Stanford University Policy and Engineering Responses to Sea Level Rise) soulève des faits alarmants, mais aussi des pistes de solutions.

Environ les deux tiers du trafic maritime mondial sont assurés par 180 ports. Le rapport Stanford estime que pour les protéger contre une élévation d’un mètre du niveau de la mer, il faudrait que tous les ingénieurs côtiers du monde travaillent en synergie pendant au moins une décennie. Un tel projet pourrait vraisemblablement nécessiter la totalité de la production mondiale annuelle de béton et d’acier, ainsi qu’une quantité de sable et de gravier équivalant à plusieurs années. C’est théoriquement faisable, mais ambitieux.

Les mesures de protection comprendraient des projets de dragage massifs, la surélévation des digues et autres installations riveraines, voire des quais portuaires eux-mêmes. Le renforcement des infrastructures comme les grues et les portiques de chargement afin qu’ils soient mieux adaptés aux vents et aux températures extrêmes est également envisagé, bien qu’il pourrait être plus avantageux de simplement suspendre les opérations pendant les fortes tempêtes.

 

Écueils potentiels

Pour éviter que ces grandes ambitions fassent naufrage, des fonds, des mouvements démographiques et des décisions politiques devront suivre. Voici quelques-unes des entraves à surmonter:

 

  • Manque de volonté politique. Certains gouvernements continuent de nier la gravité ou même l’existence des changements climatiques. On ne peut donc pas compter sur eux pour allouer les ressources nécessaires au problème. Pourtant, il est de plus en plus difficile d’ignorer que le coût des interventions d’urgence, du nettoyage et de la reconstruction après les catastrophes naturelles ne cesse d’augmenter. Par exemple, le New Orleans Army Corps of Engineers a économisé 100 millions de dollars en utilisant des tôles d’acier plus courtes que prévu pour sécuriser les digues – une décision qui a coûté des milliers de vies et 120 milliards de dollars 40 ans plus tard.
  • Planification asymétrique. Les plans financiers des administrations portuaires couvrent normalement un horizon de 5 à 10 ans, alors que les projets d’ingénierie de cette envergure prennent souvent des décennies à concrétiser et sont censés servir de 50 à 100 ans. Ces horizons de planification très différents compliquent beaucoup les choses quand il est question de concevoir des solutions efficaces qui tiendront la route pendant toute la durée de vie opérationnelle de ces ports.
  • Contraintes budgétaires. Vu les sommes astronomiques qu’exige la protection des ports, les autorités pourraient être tentées de sous-estimer les conséquences afin d’économiser sur le plan de la construction. Quand elle a dévoilé son plan visant à doubler la superficie du superport de Roberts Bank, l’Administration portuaire Vancouver Fraser prévoyait une élévation du niveau de la mer de 50 cm d’ici 2100. Or, les simulations commandées par le Globe and Mail et réalisées par le Fraser Basin Council indiquent que si la nouvelle installation était frappée par une tempête d’une force exceptionnelle, l’impact serait grave. Et advenant une élévation d’un mètre du niveau de la mer, la majeure partie du port serait engloutie. Pourtant, de nombreux experts s’entendent pour dire qu’une élévation d’un mètre est tout à fait envisageable d’ici 2100.
  • Juridiction. Même convenablement protégé, un port maritime ne peut être réellement fonctionnel si le territoire environnant subit les contrecoups du réchauffement climatique. Les inondations ou l’érosion des sols pourraient détruire des infrastructures de transport terrestre essentielles. Dans les centres urbains, on pourrait assister à un krach économique ou à un exode de la population. Pour être efficaces, les stratégies de protection des ports doivent s’inscrire dans un plan global de réduction des dommages liés au changement climatique, qui tienne compte de régions entières.

 

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Mais encore?

Même en érigeant des digues et en protégeant nos ports, il y aura encore beaucoup à faire pour réduire les dommages et s’attaquer à la cause fondamentale du problème. En voici une courte liste.

 

1. Transporter moins de marchandises

Près de la moitié des cargos maritimes transportent du carburant fossile. Si nous atteignons notre objectif de décarbonation, non seulement minimiserons-nous les futurs changements climatiques; nous réduirons la quantité de biens à acheminer.

2. Connecter les entreprises et les gouvernements

Les villes, les pays et les entreprises doivent unir leurs efforts pour sortir la tête de l’eau. Coopérations interinstitutions renforcées, innovations technologiques, partage des données, application de l’IA à l’amélioration des prévisions météorologiques: les joueurs des différents secteurs doivent faire équipe pour trouver des solutions.

3. Boucler la boucle

En réduisant la quantité d’importations/exportations «non essentielles» et en encourageant la production, la réutilisation et le recyclage des ressources au niveau national (et local), nous pourrons faire de ce défi un exemple phare honorant les principes de l’économie circulaire.

 

Ceci dit, il y a tout de même de bonnes nouvelles. Contrairement à l’effet de serre, aux déchets nucléaires ou à la pollution marine, nous savons déjà comment résoudre le problème. La technologie est éprouvée, bien comprise et déjà appliquée aux Pays-Bas, par exemple. Du côté de l’ingénierie, il existe un bassin d’expertises profondes et diversifiées sur lequel nous appuyer. En outre, n’oublions pas que l’humanité construit des ports sûrs et efficaces depuis des milliers d’années. Notre succès à long terme dépend toutefois de la collaboration de nombreux acteurs, et ce, dès maintenant.

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