À quoi s’attendre de la COP24?

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What to expect (and not) from COP24

Alors, sommes-nous sur la bonne voie pour freiner le changement climatique? Pas tout à fait, selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

Pendant deux semaines en décembre 2018, la 24e Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) – mieux connue sous le nom de COP24 – se tiendra à Katowice, en Pologne. Alors que les acteurs non étatiques comme les entreprises, les villes et d’autres organisations auront l’occasion d’aborder les principaux défis de la lutte contre le changement climatique au cours de la première semaine de la conférence, la deuxième semaine sera le théâtre de négociations entre les 195 pays signataires de l’Accord de Paris. Pour comprendre à quoi s’attendre de la COP24, nous nous sommes entretenus avec Bernard Sinclair-Desgagné, professeur à HEC Montréal et titulaire de la Chaire d’économie de l’environnement et gouvernance mondiale. Voici notre entrevue.

Movin’On Summit: Quel est le principal enjeu auquel la COP24 s’attardera?

Bernard Sinclair-Desgagné: Cette conférence s’inscrit tout à fait dans la lignée de la COP21, tout comme la COP22 à Marrakech et la COP23 à Bonn, de sorte que l’objectif est de mettre en œuvre l’Accord de Paris. Plus précisément, ils visent à élaborer et à finaliser un plan d’action pour la transition vers une économie sobre en carbone.

Il y a aussi un intérêt croissant pour la justice climatique. Plusieurs taxes et mesures financières utilisées pour limiter les émissions de carbone sont souvent transmises au client final. Ceci inclut des populations à faible revenu qui font quotidiennement la navette entre les régions éloignées et la ville, parce qu’ils ne peuvent faire autrement: les quartiers du centre-ville sont trop chers, les voitures électriques et les véhicules à carburant de remplacement sont inaccessibles et les transports publics sont souvent inefficaces.

L’écosystème Movin’On à la COP24

 

Des représentants de Michelin et de l’écosystème Movin’On seront présents à la COP24. Suivez-nous sur Twitter (@movinonconnect) et sur le blog Perspectives de mobilité pour rester branché sur la conférence. Voici un aperçu des événements auxquels nous participerons:

6 décembre

  • La journée des transports, un événement annuel depuis la COP21, organisée par le Processus de Paris sur la mobilité et le transport (PPMC), et concentrée cette année sur la mobilité urbaine.

7 décembre

  • Grâce à l’initiative Transport Decarbonisation Alliance (TDA), des membres de l’écosystème Movin’On entrent en zone de négociation pour créer des passerelles entre les acteurs étatiques et non étatiques dans le cadre de l’événement «Pays, villes et entreprises travaillant ensemble pour décarboner les transports».
  • Dans le pavillon de la France, la TDA et la Banque mondiale s’associent pour présenter des contenus sur le thème de la mobilité durable pour tous.
  • Dans le cadre de la programmation officielle, la CCNUCC invite les organisations à partager leur vision des transports, notamment la TDA, l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI), World Wildlife Fund (WWF), le Conseil mondial des entreprises pour le développement durable (WBCSD), l’ITF et PPMC.

MOS: Quel est l’état de la coalition?

BSD: En fait, les choses ont beaucoup changé depuis la COP21. Le climatoscepticisme augmente et, suite au retrait des États-Unis de l’Accord de Paris, d’autres pays sont tentés d’en faire autant. Il est donc de plus en plus difficile d’atteindre cet objectif et, comme le montre le dernier rapport du GIEC, la planète n’est pas sur la bonne voie: le temps presse, les changements s’accélèrent ou se produisent plus vite que prévu, et nous n’en faisons pas assez pour réduire nos émissions.

La belle coalition de la COP21 est un moment absolument unique dans l’histoire du monde: 195 pays qui acceptent de signer un traité exigeant qui demande du travail de chacun. Du point de vue de la gouvernance mondiale, ce consensus était unique et méritait le respect. Mais maintenant, ça s’effrite, l’esprit n’est plus là.

 

MOS: Les nouvelles ne sont pas bonnes, donc. Y a-t-il de l’espoir?

BSD: Je vais répondre par un exemple. Alors que les États-Unis ont choisi de quitter l’Accord de Paris, des États et des villes comme la Californie et Pittsburgh ont réaffirmé leur allégeance aux objectifs de la COP21. Ce n’est pas rien: en matière d’économie et de population, la Californie est aussi imposante que le Canada. En raison de son seul poids en termes de masse de clients, la plupart des constructeurs automobiles alignent leurs normes sur celles de la Californie afin que leurs voitures puissent être vendues dans cet État. Ainsi, les décisions prises en Californie ont un impact sur tout le pays. Mais ce ne sont pas ces gouvernements locaux qui négocient à la COP24, ce sont plutôt les gouvernements nationaux. Il y a lieu de se demander si l’on ne verra pas s’opérer un changement de paradigme des états nationaux vers les gouvernements locaux: ce serait une révolution dans la gouvernance mondiale, c’est certain.

 

MOS: Y a-t-il une question urgente en matière de changement climatique qui ne sera pas abordée lors de la COP24?

BSD: Nous ne le saurons pas avant la fin de la conférence, mais le sujet de l’adaptation au changement climatique n’est pas à l’ordre du jour. Ce n’est pas non plus dans l’Accord de Paris, qui est strictement préventif. Mais je pense qu’il est temps de commencer à réfléchir à la façon dont l’humanité s’adaptera au changement climatique déjà inévitable, et à la façon dont cette adaptation sera financée.

 

MOS: En matière de transport, sommes-nous en voie d’atteindre les objectifs de l’Accord de Paris?

BSD: Je pense qu’il y a du changement, mais c’est trop lent. Je dis cela avec des nuances, cependant. Quand je vois tous ces progrès – amélioration des performances et du coût des voitures électriques et hybrides, villes intelligentes, changement dans l’urbanisme, nouvelles technologies, etc. – je pense vraiment qu’on peut y arriver. Il faut juste accélérer le rythme.

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