Une voiture électrique prend la tête des ventes en Europe

Pour la première fois une voiture électrique est arrivée en tête des ventes européennes. En septembre, la Tesla Model 3 a devancé la Renault Clio et la Dacia Sandero. Un tournant est pris dans l’histoire de l’automobile.

Alors que le marché des voitures à essence fait grise mine, la Tesla​ Model 3 s’est classée en tête des ventes européennes en septembre avec près de 24.600 exemplaires vendus, soit 2,6 % du marché. Elle devance sur le podium la Renault Clio (près de 18.300  exemplaires) et la Dacia Sandero, selon le rapport publié ce lundi 25 octobre par Jato Dynamics.

« C’est la première fois qu’une voiture électrique domine le marché et aussi une première pour un véhicule fabriqué hors d’Europe », souligne le cabinet dans son rapport.

AU TROISIÈME TRIMESTRE 2021, IL S’EST VENDU EN EUROPE PLUS DE VOITURES HYBRIDES, HYBRIDES RECHARGEABLES ET ÉLECTRIQUES QUE DE VOITURES À ESSENCE

Rapport de Jato Dynamics

Publié le 25 octobre 2021

Pour autant, globalement, le marché automobile européen s’est effondré en septembre, revenant à ses niveaux de 1995, avec un total de 718.598 voitures neuves écoulées. Le marché ne s’est pas remis de la crise du Covid-19 et les constructeurs sont de plus sérieusement impactés par une pénurie de pièces électroniques. Mais tandis que les ventes de voitures thermiques baissent, les immatriculations « vertes » explosent. Au troisième trimestre, il s’est vendu en effet en Europe plus de voitures hybrides, hybrides rechargeables et électriques que de voitures à essence.

« En plus des subventions, les constructeurs ont étendu leur offre (d’hybrides et d’électriques) avec plus de modèles et des bonnes affaires. Nombre d’entre eux attribuent en priorité leur stock de pièces (…) à la production de voitures électriques plutôt que de thermiques », souligne Felipe Munoz de Jato.

Au final, Tesla domine logiquement le classement des électriques en septembre, avec une part de marché de 24 %, devant le groupe Volkswagen (22 %), le groupe Stellantis (13 %) et Hyundai-Kia (11 %).

Incitations, exonérations fiscales et subventions dopent le marché

Une des explications à ce tournant est que plusieurs pays européens subventionnent exceptionnellement la vente de véhicules électriques.

Actuellement plus de 535 000 véhicules électriques, y compris des hybrides, sillonnent les routes du Royaume-Uni. Ce chiffre devrait atteindre 14 millions d'ici 2030, en réponse à l'interdiction prévue de la vente de nouveaux véhicules essence et diesel au Royaume-Uni à partir de 2030.

Le régulateur d'énergie Ofgem prévoit de rendre le déploiement de véhicules électriques plus attrayant pour les consommateurs britanniques en permettant  de vendre au réseau l'électricité stockée dans leurs batteries de voiture lorsque la demande est à son plus haut niveau. Ainsi les voitures deviendront de plus en plus de petits accumulateurs d'énergie.

Ofgem se montre optimiste dans la mesure où suffisamment de nouveaux conducteurs de véhicules électriques participeront au programme, ce qui permettrait au Royaume-Uni d'éviter de construire des centrales électriques et de stockage.

GRÂCE AUX REMISES ET SUBVENTIONS, LE MARCHÉ EUROPÉEN DEVIENT LE PREMIER AU MONDE POUR LES VÉHICULES ÉLECTRIQUES

Rapport de Jato Dynamics

Publié le 25 octobre 2021

Pour sa part, l'Allemagne a annoncé qu'elle étendrait ses subventions aux véhicules électriques existants jusqu'en 2025. En 2020, le pays a doublé ses incitations, offrant un bonus de 3 000 € pour les véhicules entièrement électriques et 2 250 € pour les hybrides, ainsi qu'une exonération fiscale de 10 ans et des taux de TVA plus bas.

Sur le plus grand marché de véhicules électriques en Europe, les véhicules électriques représentaient environ 1,8 % de toutes les nouvelles immatriculations de voitures particulières en 2019, un chiffre qui augmente d'année en année. Smart, Seat, Mini et BMW font partie des constructeurs de véhicules électriques à avoir réalisé des gains significatifs sur le marché allemand. L’augmentation de l'adoption des véhicules électriques en mai 2021 était de 37% par rapport au même mois en 2020.

Jusqu’à 5 000 euros pour la mise à la casse

La France fournit également des incitations pour les véhicules électriques, offrant notamment aux constructeurs nationaux, tel Renault, un dispositif de soutien pour encourager la production de VE. Le gouvernement français propose aux consommateurs des exonérations fiscales et des subventions pouvant aller jusqu'à 7 000 euros ainsi qu’un programme de mise à la casse des voitures anciennes à motorisation traditionnelle.

De même, l'Espagne a réduit les taxes sur les véhicules électriques dans les grandes villes, offrant également des subventions à l'achat de véhicules électriques allant de 4 000 à 5 000 euros pour la mise à la casse des véhicules anciens. Et le gouvernement italien accorde des primes pour les voitures à faible émission, pénalisant les véhicules à haute teneur en carbone.

De nombreux gouvernements d'Europe occidentale incitent donc les consommateurs à adopter des véhicules électriques afin de décarboner leurs économies. Grâce à l’ensemble de ces remises, le marché européen devient ainsi le premier au monde pour les véhicules électriques, avec 43,3%, alors que la Chine est à 40%.

L'Association européenne des constructeurs automobiles (ACEA) a indiqué que près d'une voiture sur six immatriculée dans l'Union européenne au quatrième trimestre 2020 était un véhicule électrique, une part de 16,5% avec 1,3 million d'unités immatriculées en Europe pour l’année dernière.

La variété de modèles de véhicules électriques disponibles en Europe augmente également de manière significative. Le nombre de modèles disponibles en 2021 devrait être de 214, contre  98 en 2019.

Pour le site italien scenarieconomici.it « l'Europe s'électrise donc, au moins dans les voitures, au son des cotisations payées par les contribuables et non pas d'une baisse du coût des véhicules. »

Selon une récente étude du cabinet de consultants Ernst & Young (EY), les modèles "zéro émission" installeraient leur suprématie sur les ventes en Europe dès 2028, en Chine en 2033 et aux Etats-Unis en 2036. EY prévoit qu’en 2045, les moteurs thermiques représenteront moins de 1% des ventes mondiales.

Pour Randall Miller, spécialiste des mobilités chez EY, la rapidité de cette évolution réside dans « un mélange d'attitudes changeantes des consommateurs, de réglementations axées sur le climat plus ambitieuses, ainsi que d’évolutions technologique susceptibles de changer à jamais le paysage de l'achat de véhicules. »