Les poids lourds électriques, déjà une alternative viable au diesel

En Europe, la parité pour les poids lourds, entre l'électrique et le diesel, devrait être atteinte avant 2030, selon un récent rapport du Council on Clean Transportation (ICCT)). L’alternative économique est déjà viable pour le transport routier longues distances en France et en Allemagne.

La décarbonation du secteur du transport routier est nécessaire pour atteindre les objectifs de neutralité carbone d’ici le milieu du siècle. Dans cette optique, la transition vers une flotte de véhicules de transport routier à zéro émission exige une demande importante, associée à des mesures de politique publique appropriées afin d’accélérer le déploiement de ces technologies.

Sept pays au scanner

Organisation indépendante dont l’objectif est d’améliorer l’efficacité énergétique du transport routier, l’International Council on Clean Transportation (ICCT) vient de publier, le 29 novembre, une étude comparative sur le coût total de possession (TCO, pour « total cost of ownership”) des semi-remorques en Europe, entre les camions électriques à batterie (BET) et ceux roulant au diesel. Couvrant sept pays (Allemagne, France, Espagne, Italie, Pologne, Pays-Bas, Royaume-Uni), l’analyse s’est concentrée sur le segment du fret routier le plus émetteur : les semi-remorques longues distances. Elle prend en compte le prix des véhicules, le financement et la valeur résiduelle, les taxes et les coûts d’entretien. Elle intègre également les péages routiers, le remplacement des batteries et les coûts d’infrastructure de recharge.

La conclusion générale est que, pour un premier utilisateur, la parité du TCO est possible dès cette décennie, pour l’ensemble des pays considérés, sans soutien politique supplémentaire. Cependant, on peut constater des différences notables d’un pays à l’autre, principalement en raison des disparités entre les prix d’électricité et du diesel, les péages routiers et les politiques gouvernementales en vigueur. Ainsi les BET opérant en Allemagne, en France et aux Pays-Bas peuvent viser la parité du TCO dès à présent. Pour les autres pays, ce sera plus tard.

Autre enseignement, le soutien réglementaire peut pratiquement éliminer l’écart actuel du TCO entre les BET et les semi-remorques diesel. Il s’agit notamment des primes à l’achat, des exemptions de péages et de la tarification du carbone.

Des recommandations pour accélérer la parité

L’ICCT formule quelques recommandations pour combler l’écart de coûts et accélérer le déploiement des BET en Europe. La première consiste à transposer rapidement en droit national la directive européenne dite « Eurovignette ». Allant de 8 à 16 centimes/km, la taxation des émissions de CO2 constitue une mesure politique très efficace qui tient compte des coûts externes des camions diesel en les intégrant aux coûts d’exploitation. En outre, conformément à la directive «Eurovignette», une exonération de 75 % des frais de péage routier est appliquée dans cette étude. En France, la réduction du délai de parité TCO qui en résulte est significative : les semi-remorques électriques peuvent atteindre la parité quatre ans plus tôt, soit dès aujourd’hui, au lieu de 2025.

Une autre recommandation est d’étendre le système européen d’échange de quotas d’émission pour y inclure le transport. Jusqu’à présent, l’Allemagne est le seul pays membre à imposer une tarification du carbone pour le transport (55 euros par tonne d’équivalent CO2 d’ici 2025). L’application d’une telle tarification du carbone en France réduirait d’un an le délai de parité TCO.

Par ailleurs, l’ICCT préconise de limiter les primes à l’achat pour les BET en termes de durée et d’ampleur. Elle recommande également d’inclure des critères d’éligibilité pour obtenir de telles subventions, tels que l’autonomie en mode électrique ou la consommation énergétique du véhicule.

Le cas de la France à la loupe

En marge de l’étude réalisée au niveau européen, l’ICCT a analysé le TCO des semi-remorques électriques en France, en comparant leur performance économique à celle des véhicules diesel actuellement déployés. Divers scénarios de politiques publiques ont été envisagés afin de prédire l’année au cours de laquelle l’on parviendra à la parité électrique/diesel en termes de TCO.

En raison des mesures de politique publique actuellement adoptées en France, celle-ci est déjà atteinte pour les camions longue distance. Parmi ces mesures figurent les primes à l’achat pour les poids lourds électriques, atteignant 50 000 € par véhicule. Mieux, les prix de l’électricité en France sont parmi les plus bas de l’Union européenne, si bien que cette source d’énergie constitue une solution intéressante pour les transporteurs routiers d’un point de vue économique. D’autres mesures comme la réduction des péages pour les camions électriques peuvent également faire avancer l’année de parité.

LA PARITÉ SERA ATTEINTE QUEL QUE SOIT LE SCÉNARIO DE PRÉVISION DES PRIX DU CARBURANT ET DE L’ÉLECTRICITÉ

Une autre étude, signée Transport & Environment de mai 2020, analyse pour sa part les mesures et les technologies qui peuvent contribuer à la décarbonation du fret terrestre français. Elle parvient à la conclusion que, selon les hypothèses actuelles, les véhicules à batteries électriques (BEV) en général, et ceux utilisant une infrastructure de caténaires suspendues (OC-BEV) en particulier, représentent les solutions les plus rentables pour atteindre un niveau zéro d’émissions de gaz à effet de serre (GES) « du puits à la roue » en France d’ici 2050.

Pour décarboner tout le secteur du fret français d’ici 2050, « il sera nécessaire de décarboner intégralement la flotte de poids-lourds (PL). Cette opération est techniquement possible, à condition que la transition commence dès le début des années 2020 », précise l’étude de Transport & Environment.

"Même en l’absence d’intervention publique, la parité électrique-diesel pourrait être atteinte au cours de la première moitié de la décennie pour les camions longue distance roulant en France”, indique le rapport de l’ICCT. Il ne faut pas oublier que la réduction continue du coût des batteries et l’amélioration de leur densité énergétique permettra de réduire progressivement le TCO des camions électriques. Ces derniers bénéficient, en outre, de frais d’entretien et de maintenance plus bas que ceux associés aux camions diesel, ce qui réduit davantage l’écart. Dans l’ensemble des scénarios de prévision des prix de l’électricité et du diesel, les semi-remorques électriques seraient encore sur un pied d’égalité avec leurs équivalents diesel en termes de TCO d’ici la fin de la décennie, mais avec d’importante variations en ce qui concerne l’année de parité, allant de 2024 à 2030.

Début novembre, à l'occasion de la COP26, quinze pays dont le Royaume-Uni, les Pays-Bas, le Canada et la Turquie, plus quelques constructeurs de poids lourds comme Scania, BYD ou Irizar se sont engagés à passer à 100% de véhicules lourds à «zéro émission» en 2040.