Mondial de l’automobile : l’opération séduction des constructeurs chinois

Lors de la 89e édition du salon, après une coupure de quatre ans due à la crise sanitaire, les modèles 100 % électriques tiennent le haut du pavé. Près de la moitié des fabricants présents à Paris sont Chinois.

Après l'annulation de la précédente édition  en raison de la pandémie de coronavirus, le 89e Mondial de l'Auto revient au Parc des expositions de la Porte de Versailles à Paris. Pour cette nouvelle édition, du 18 au 23 octobre 2022, la voiture au moteur non thermique s'impose comme jamais.

Le gouvernement français annonce justement la mise en place de plusieurs mesures pour favoriser le passage du pays à la mobilité électrique. Ainsi le bonus écologique va être porté de 6.000 à 7.000 euros pour la moitié des ménages. Sans oublier également la possibilité début 2024 pour les foyers les plus modestes de louer une voiture électrique pour 100 euros par mois. "On est en train de crédibiliser cette trajectoire qu'on s'est fixée, celle d'obtenir deux millions de véhicules électriques produits en France en 2030", a salué Emmanuel Macron. "On a déjà sécurisé un million à horizon 2026-2027", a poursuivi le président de la République. "On sera là pour soutenir et accompagner dans la durée, pour faire de la France à nouveau une grande terre automobile de demain".

L’industrie chinoise pousse ses pions sur le continent

La fréquentation attendue de 300.000 à 400.000 visiteurs (contre un million habituellement) venus découvrir des voitures moins polluantes, plus connectées et aussi plus partagées, traduit l'une des pires crises de l'histoire du secteur marquée désormais par l'inflation des prix et la pénurie d'essence. Et pourtant Luc Chatel, le président de la PFA (Plate-forme automobile) ne désespère pas: « En quatre ans, il s'est passé plus de choses dans le secteur que dans les quarante dernières années ».

Premier constat : en l’absence des constructeurs allemands et sans Toyota ou Kia/Hyundai, la moitié des fabricants présents, ou presque, sont Chinois. En force sur cette 89e édition, avec des voitures moyennes voire haut de gamme équipées de technologies de pointe, leur présence a attisé la curiosité des visiteurs. “En 20 ans, les marques chinoises ont beaucoup appris et ont beaucoup progressé, explique Flavien Neuvy, économiste et directeur de l'Observatoire Cetelem. Aujourd'hui, ce sont des voitures qui répondent aux standards européens et qui respectent les dernières normes de sécurité”.

Pour les marques BYD, Great Wall Motor ou Seres, s'exposer à la Porte de Versailles est le point de départ d'une vaste offensive sur le continent européen, mûrement préparée par Pékin. Toutes espèrent profiter des subventions européennes à l'achat de véhicule à batterie.

NOUS RIVALISONS GRÂCE À LA TECHNOLOGIE, PAS GRÂCE AU PRIX

L’exemple de BYD - pour «Build your dreams», «construisez vos rêves» en français – est parlant avec trois modèles présentés à Paris dont deux haut de gamme (Han et Tang à plus de 70.000 euros chacune). Présente surtout dans le nord de l'Europe, la marque veut s'implanter partout sur le continent et profite de cet événement pour lancer 3 nouvelles voitures électriques ainsi qu’une nouvelle batterie à lames.

" Nous rivalisons grâce à la technologie, pas grâce au prix, prévient Mike Belinfante, porte-parole de BYD Europe. Nous sommes ici pour attirer l'attention du public, ce qui compte c'est établir notre image de marque". L’offensive de séduction est claire avec des voitures plutôt élégantes et, comme en Chine les coûts de production sont bien inférieurs, les marques chinoises se présentent désormais comme de sérieuses rivales aux marques européennes.

Pour autant les volumes de ventes de ces acteurs chinois restent encore marginaux en Europe… même s’ils doublent chaque année. Le marché domestique reste en effet prioritaire et le mois dernier par exemple la marque BYD a vendu 200.000 véhicules en Chine.

Des Français curieux mais frileux

Le portail spécialisé L'argus a sauté sur l'occasion pour savoir si les Français étaient prêts à « rouler chinois ». En fait pas vraiment, même si l’argument du prix n’est à priori pas un levier déterminant dans l’acquisition d’un tel véhicule.

« Souvent remise en question pour tout type d’achat, la qualité chinoise est pointée du doigt et d'autant plus scrutée pour l'acquisition d'une voiture où les sommes déboursées comptent quatre zéros. L'inquiétude porte aussi pour beaucoup sur l'efficacité et la proximité du service après-vente », note le spécialiste automobile. Plus curieux qu'intéressés, « les Français sont donc majoritairement fermés à l’idée d’acheter un véhicule chinois. Les constructeurs asiatiques devront donc redoubler d’efforts s'ils veulent intégrer ce marché et s'y faire un nom. »

Les Français restent donc pour le moment fidèles à leurs marques domestiques à caractère « historiques ». Afin de répondre à la demande, le groupe Stellantis va produire « à brève échéance » 12 véhicules électriques en France, contre six actuellement, a annoncé le directeur général Carlos Tavares au Salon de l'automobile.

De son côté Renault débarque Porte de Versailles avec 3 exclusivités. Le constructeur au losange a dévoilé en ouverture du Mondial de l'Auto un concept-car qui annonce la renaissance de la fameuse Renault 4 sous la forme d’un imposant SUV 100 % électrique. Le modèle sera également décliné en version utilitaire et devrait être produit en France.

Cap sur l’hydrogène

La start-up française Hopium a ouvert les commandes pour sa berline à hydrogène « La Machina » fabriquée en France. Ce serait le premier véhicule non utilitaire à hydrogène dans le pays, a indiqué son fondateur Olivier Lombard à l'ouverture du Mondial. Il promet une autonomie de 1.000 kilomètres pour une puissance de 500 chevaux et un poids sous les deux tonnes. La start-up, qui a confectionné sa propre pile à combustible, s’est associée à Plastic Omnium pour réussir à stocker l’hydrogène. Son prix tournerait autour de 120.000 euros et la livraison n’est pas attendue avant 2025.

 

Acteur majeur dans cette transformation d’énergie, basée à Vénissieux (Rhône), Symbio, la filiale de Faurecia et Michelin présente ses piles à combustible pour véhicules légers à lourds. Une usine géante est en cours de construction à Saint-Fons au sud de Lyon. Ce site industriel est dimensionné pour produire 50 000 systèmes de piles à hydrogène par an ! Dix ans après leur création, ils totalisent une expérience de plus de 4 millions de kilomètres sur la route.

La société Hyvia, fondée par Renault Group et Plug, expose trois véhicules à hydrogène sur la base de Renault Master : un châssis-cabine, un van et un minibus. Commercialisé par PVI, dont le siège est situé en Seine-et-Marne, le City Bus H2-Tech est en capacité de transporter jusqu'à 15 passagers dont 9 assis. Avec sa pile à combustible de 30 kW et ses 6,4 kg d'hydrogène, son autonomie est annoncée à 300 kilomètres. Les premiers exemplaires de ce minibus devraient circuler en France en 2023.

Tandis qu’une navette autonome EasyMile EZ10 était exposée sur le stand d'Arval France, une filiale de BNP Paribas, le Crédit Agricole exposait de son côté un SUV Fisker Ocean 100 % électrique pour présenter ses offres de leasing. Drivalia, le nouveau nom de l'activité automobile de la banque française, s'appuie sur de nombreux partenariats avec des marques asiatiques comme Aiways (Chine) ou Vinfast (Vietnam) pour développer son offre.

Enfin de nombreux industriels exposent leurs solutions de bornes pour la recharge des véhicules électriques, un enjeu crucial pour le développement du marché. N’oublions pas que les Chinois produisent 75% des batteries dans le monde !