Fin de la vente des voitures thermiques en 2035

Comme prévu, le Parlement européen a acté la fin de la vente des véhicules thermiques neufs, voitures particulières et véhicules utilitaires légers essence, diesel et hybrides neufs à partir de 2035, ouvrant de facto l’horizon sur la vente des seuls véhicules électriques (VE). "Historique (...) Une nouvelle ère." C'est en ces termes forts que Pascal Canfin, président de la commission Environnement du Parlement européen, a salué la décision votée à Strasbourg mercredi 8 juin.

AUJOURD’HUI LE TRANSPORT ROUTIER REPRÉSENTE 70 % DES ÉMISSIONS CARBONE TOTALES DE L’UNION EUROPÉENNE DUES AUX TRANSPORTS : C’EST ÉNORME !

Le quotidien Ouest-France s’est entretenu avec Karima Delli, présidente de la Commission Transport du Parlement européen qui souligne l’urgence de cette mesure : « Le virage de la révolution de l’industrie automobile est gagnant pour le climat, mais aussi gagnant pour l’emploi », a affirmé la députée européenne. D’après elle, la décision « est primordiale, parce qu’aujourd’hui, le transport routier représente 70 % des émissions carbone totales de l’Union européenne dues aux transports : c’est énorme ! Le dernier rapport du GIEC nous donne moins de trois ans pour réduire nos émissions de CO2. C’est une responsabilité collective », a ajouté Madame Delli.

La mesure s'inscrit dans le plan climat élaboré par la Commission européenne pour réduire de 55% les émissions de gaz à effet de serre de l'UE d'ici 2030, par rapport à 1990. "C'est un bon signal envoyé aux acteurs du secteur. L'électrification est indispensable pour la transition énergétique des véhicules les plus légers", a commenté pour sa part Aurélien Bigo, chercheur sur la transition énergétique des transports à la Chaire énergie et prospérité. Cela étant, même si cette mesure votée par les eurodéputés peut sembler à première vue encourageante, elle reste largement insuffisante pour atteindre les objectifs de neutralité carbone. "Ça ne peut pas être pensé comme la seule solution sur la mobilité des voyageurs, a ainsi expliqué le chercheur à franceinfo. La stratégie nationale bas-carbone (ou SNBC, feuille de route de la France pour respecter l'accord de Paris limitant le réchauffement climatique à 2 °C, voire 1,5 °C) a fixé pour objectif de diviser par six les émissions territoriales de la France. La comparaison n'est pas parfaite, mais si on transpose ça au secteur des transports, il faut que le progrès soit plus important que la seule division par trois permise par une transition vers l'électrique. »

Il va de soi que le combat contre le réchauffement climatique est plus complexe qu’une opération arithmétique. L’idée première est évidemment de contraindre par la législation les constructeurs à changer leur gamme afin de privilégier les motorisations électriques, considérées comme moins polluantes. Il s’agit également d’obliger les pouvoirs publics et les entreprises à investir dans un réseau de recharge capable de fournir aux conducteurs de voitures électriques l’énergie de substitution qui leur permettra de reléguer le thermique aux oubliettes de l’histoire de l’automobile.

L’enjeu est anticipé par la plupart des constructeurs 

Les constructeurs sont tous prêts ou presque puisque la grande majorité d'entre eux a déjà décidé de la fin de la production de voitures essence et à moteurs diesel. Les annonces concernant la fin des motorisations thermiques dans les gammes de Stellantis, par exemple, ou de Renault anticipent même de plusieurs années la nouvelle réglementation européenne.

On sait que le losange est depuis longtemps un pionnier des modèles 100 % électriques et s'apprête à relancer, sous la forme VE, ses modèles mythiques, les R5 et 4L. Le groupe Stellantis (Peugeot, Citroën, Opel, Fiat) s'est également fixé comme objectif de ne plus vendre de modèles thermiques d'ici 2030.

L'ensemble des modèles de Volvo sont aujourd'hui 100 % électriques ou hybrides rechargeables. Cela devrait également être l’orientation chez Jaguar Land Rover, DS, Maserati ou encore Mercedes d'ici 2026. Volkswagen a également prévu de basculer entièrement vers l'électrique d'ici 2035, juste à temps donc pour cette échéance réglementaire.

Les ventes de voitures électriques ont doublé en un an

D’après une étude publiée il y a un an par le cabinet Ernst & Young, il devrait se vendre davantage de modèles électriques que thermiques dans le monde à partir de 2033. En Europe, le point de bascule pourrait même intervenir dès 2028.

Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), les constructeurs ont multiplié par cinq le nombre de véhicules disponibles entre 2015 et 2021 : environ 450 modèles électriques sont désormais sur le marché. Avec 6,6 millions d'unités écoulées dans le monde en 2021, dont la moitié en Chine, les ventes de voitures électriques ont doublé en un an et atteignent désormais 10% des ventes de voitures neuves. Stimulées par des subventions publiques, qui ont doublé en 2021 pour représenter l’équivalent de 30 milliards d'euros au niveau mondial, les ventes ont encore grimpé début 2022 avec deux millions d'unités vendues au premier trimestre (+75% sur un an).

En France, selon les chiffres publiés par la Plateforme automobile (PFA), près d'une voiture neuve sur cinq (18,3 %) vendue en 2021 était 100% électrique (9,8% du marché), ou sinon hybride rechargeable (8,5% du marché). Enfin selon les données communiquées par le CCFA, 162.106 voitures électriques ont été immatriculées dans l’Hexagone au cours de l’année dernière, soit 46 % de plus qu'en 2020.

« Le tournant de l’électrique se confirme. Il faut néanmoins continuer de veiller à garantir une offre accessible au plus grand nombre », estime Cécile Goubet, Déléguée générale de l’Avere-France. Pour cela il faudra lever quelques freins. Car même si les ventes augmentent significativement, le prix reste la principale raison du non passage à la voiture électrique pour les citoyens européens, d’après la nouvelle édition du baromètre EVBox diffusée début juin 2022. La problématique du temps de charge arrive en deuxième position et elle s’ajoute à l’incertitude quant à la localisation et la disponibilité des points de charge.

Au 31 mai 2022, la France comptait 62 139 points de recharge ouverts au public, ce qui correspond à une évolution de + 51 % de leur nombre en un an, indique le baromètre réalisé par l’Avere-France et le Ministère de la Transition Écologique sur la base de données de GIREVE, plateforme digitale de référence en Europe sur le secteur des nouvelles mobilités.