Fin des voitures thermiques : le calendrier se précise

Dans la perspective du « Green Deal » et la réduction de 55 % des émissions de CO2 en 2030, les constructeurs automobiles sont de plus en plus nombreux à dévoiler un calendrier de fin de production de voitures thermiques pour passer au tout électrique. L’avenir est en marche.

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90% des voitures vendues en France roulent encore avec un moteur thermique

Crédit photo: Didier Rougeyron

C’est finalement le 14 juillet que la Commission européenne fera savoir à quelle échéance elle souhaite bannir les moteurs 100 % à essence ou diesel sous le capot des voitures neuves. Cette décision fera partie de 13 directives que Bruxelles proposera pour décliner son ambition, nommée « Green Deal ». L’objectif, rappelons-le, est de réduire de 55 % les émissions de CO2 en 2030 par rapport à 1990. L’Europe pourrait décider d’interdire également la vente de voitures hybrides à cette date. Cela comprendrait à la fois les hybridations classiques, mais aussi les voitures hybrides rechargeables.

 

« Ces propositions devaient être présentées le 30 juin. La date a été décalée et ne changera plus maintenant, assure Pascal Canfin, président de la commission chargée de l’Environnement au Parlement européen. La Commission européenne va très probablement proposer de fixer ce nouveau standard conduisant à la fin du véhicule thermique en 2035 », assure-t-il.

 

Les constructeurs dévoilent leur calendrier de sortie du thermique

 

Evidemment, cela va pousser les constructeurs à accélérer leur transition vers l'électrique, d’autant que la norme CAFE (Corporate Average Fuel Economy) les oblige à respecter un plafond d’émissions polluantes sur l’ensemble de leur gamme. L’Europe les sanctionne s’ils le dépassent ; ce levier est important pour les futures restrictions.

« ASSURER LA PRODUCTION D’ICI 2030 D’UN MILLION DE VÉHICULES ÉLECTRIQUES “MADE IN EUROPE”»

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Afin de se consacrer à sa gamme hybride et électrique, le constructeur Honda ne propose plus la vente de véhicules diesel en Europe. Volvo avait déjà annoncé vouloir produire uniquement des véhicules dits "propres" en 2030. Il n'y aura plus de voiture à moteur diesel ou essence pour Volkswagen à partir de 2035, en tous cas pour le marché européen. D’ici 2025, Nissan fera également partie des constructeurs convertis en 100% électrique tout comme Jaguar, Toyota et Mclaren avant 2040.  Ford prévoit d’investir 22 milliards de dollars d’ici 2025 dans la création de véhicules électriques. Après avoir présenté récemment un plan pour la voiture à hydrogène, Renault poursuit sa fameuse « Renaulution » et annonce la signature de deux partenariats majeurs pour la conception et la production de batteries. L’un d’eux comprend la construction rapide d’une Gigafactory à Douai, un des sites majeurs de Renault en France.

« Ces nouveaux partenariats avec Envision AESC et Verkor vont considérablement renforcer notre position pour assurer la production d’ici 2030 d’un million de véhicules électriques “made in Europe”», explique Luca de Meo, le patron de Renault. La neutralité carbone est  l’objectif du constructeur français pour 2040 en Europe et pour 2050 dans le monde.

 

Le moteur thermique est-il déjà condamné?

 

Interrogé par largus.fr, Jean-Luc Brossard, directeur de la recherche et du développement de la Plateforme automobile (PFA), émet toutefois des doutes. Il rappelle que le renouvellement de nos automobiles ne se fait que de manière très lente. Aujourd’hui plus de 90% des voitures vendues dans l’Hexagone roulent avec un moteur thermique seul.

Selon l’hypothèse jugée la plus réaliste par la PFA (basée sur une forte réglementation environnementale mais une croissance économique assez faible), Jean-Luc Brossard ne prévoit en effet que 44 % de parts de marché pour les modèles 100 % électriques à batteries d’ici à 2040 en Europe. Les hybrides rechargeables représenteraient, eux, 27 % et la pile à combustible 3 %.

Il resterait donc encore, pointe largus.fr, près de 25 % pour les mécaniques carburant à l’essence, au gaz ou au gazole, même si elles devraient forcément être complétées par un moteur électrique dès 2030.

Quant à Markus Duesmann, le patron de la marque Audi, il affirme auprès de Automotive news que les modèles thermiques ne disparaîtront pas de sitôt et qu’ils peuvent encore prouver leur valeur. Avec par exemple des carburants de synthèse qu’on pourrait également mélanger avec des agrocarburants comme l'éthanol. Pourtant, M. Duesman aurait déjà annoncé aux équipes dirigeantes et aux représentants syndicaux qu’Audi sortira son dernier nouveau modèle équipé d’un moteur thermique en 2026… En Allemagne, le groupe de réflexion NPM (National Platform Future of Mobility) annonce qu'il faudrait 14 millions de voitures rechargeables sur ses routes en 2030 si le pays veut respecter ses engagements climat,  or à l'heure actuelle, le pays ne compte qu'un peu plus de 400 000 véhicules hybrides rechargeables et électriques sur ses routes.

La manière de générer l’électricité a aussi une importance cruciale, rappelle largus.fr. Si la France fait office de bon élève, avec seulement 48 grammes de CO2 par kilowattheure fabriqué, l’Allemagne, elle, est à 387 et la Pologne à 631 du fait des centrales à charbon. La moyenne européenne se situe ainsi à près de 269 grammes.

 

L’interdiction des véhicules thermiques déjà prévue dans plusieurs pays

 

Pour autant, avant même la directive européenne, plusieurs pays ont annoncé la mise en place d’une interdiction des véhicules thermiques dans un futur plus au moins proche. Ainsi, la Norvège prévoit cette interdiction dès 2025, la Suède, le Danemark, les Pays-Bas et l’Irlande l’ont annoncé pour 2030.

Plusieurs villes européennes sont au diapason. Toutes les voitures thermiques, hybrides compris, seront interdites dans 19 commune de la région de Bruxelles d'ici 2035.

En Europe, des zones à circulation restreinte interdisant les véhicules thermiques sont également de plus en plus mises en place. Tel est le cas par exemple à Rome, Madrid, Athènes ou Barcelone.

A Amsterdam, où le vélo est roi, seules les voitures électriques auront le droit de rouler en 2030. Ce choix politique a déjà un impact sur les ventes puisque 20% des immatriculations de voitures neuves aux Pays-Bas étaient des voitures électriques l'an dernier, contre seulement 6% en France.

Les zones à faibles émissions sont des zones urbaines définies qui limitent ou interdisent la circulation des voitures les plus polluantes. Le but est d’encourager la circulation des voitures les plus propres. Aujourd’hui, 11 métropoles en France ont rejoint le mouvement des ZFE. Des entreprises comme La Poste ont même choisi de prendre les devants en entamant l’électrification de leur flotte.

Jean-Luc Brossard a aussi rappelé la nécessité de déployer des infrastructures de recharge au niveau des besoins. Un défi auquel le Gouvernement français entend répondre en promettant l’installation de 100 000 bornes de recharge d’ici à fin 2021. Est-ce réaliste ?

L'Association des constructeurs automobiles européens ou ACEA, quant à elle, se dit favorable aux normes les plus strictes au cas où les pouvoirs publics s'engagent à mettre en place une véritable infrastructure de recharge.

 

 

Sources :   ccfa.fr, largus.fr, automobile-propre.com, beev.co, lesechos.fr, caradisiac.com

Par Didier ROUGEYRON, journaliste spécialisé en mobilités durables pour les régions Europe/Asie