Plus de 13 millions de Français en situation de précarité mobilité

Le constat est édifiant : en France 13,3 millions de personnes sont en situation de précarité en matière de mobilité. Elles représentent 27,6 % de la population totale des 18 ans et plus. Pour traiter conjointement la montée de la précarité et le défi climatique, tout en palliant le déficit des politiques publiques, Wimoov et la FNH plaident pour un plan d’accompagnement pour tous aux mobilités durables.

La dépendance à la voiture individuelle, et plus particulièrement aux carburants fossiles, alimente les inégalités. 13,3 millions de personnes sont ainsi en situation de “précarité mobilité” en France. Un phénomène massif que Wimoov et la Fondation pour la Nature et l’Homme (FNH), ont chiffré à l’occasion de la seconde édition du Baromètre des mobilités du quotidien, enquête menée auprès de 13 000 Français entre octobre et décembre 2021.

L’ACCOMPAGNEMENT VERS LA SORTIE DES CARBURANTS FOSSILES ET LA RÉDUCTION DE LA DÉPENDANCE À LA VOITURE SOLO SONT NÉCESSAIRES POUR RELEVER LE DOUBLE DÉFI CLIMATIQUE ET SOCIAL

13,3 millions de personnes sont en situation de précarité en matière de mobilité
13,3 millions de personnes sont en situation de précarité en matière de mobilité

LA VULNÉRABILITÉ MOBILITÉ CARACTÉRISE LES MÉNAGES À BAS REVENU QUI ONT DES CONDITIONS DE MOBILITÉ CONTRAIGNANTES, TELLES QU’UNE LONGUE DISTANCE À PARCOURIR, L’ABSENCE D’ALTERNATIVE À LA VOITURE OU DES VÉHICULES VIEILLISSANTS

Le Baromètre nous apprend par exemple que 3,6 millions de personnes en France sont notamment concernées par la précarité carburant : il s’agit des personnes qui ont un bas revenu, des dépenses en carburant élevées et /ou qui doivent déjà restreindre leurs déplacements. Ensuite, 4,3 millions de personnes sont touchées par la « vulnérabilité mobilité ». Celle-ci caractérise les ménages à bas revenu qui ont des conditions de mobilité contraignantes, telles qu’une longue distance à parcourir, l’absence d’alternative à la voiture ou des véhicules vieillissants.

Environ 5,3 millions de Français sont concernés par la dépendance à la voiture. Ce facteur est bien plus large et n’est pas lié à la situation économique personnelle. Il concerne tous les automobilistes qui ont des dépenses élevées en matière de carburants et des conditions de mobilité contraignantes, comme les longues distances ou qui n’ont pas d’autre choix que la voiture. Notons encore que 2,5 millions de Français cumulent deux ou trois de ces facteurs d’insécurité, précise Le Baromètre.

Il faut ajouter à ce chiffre 10% de la population qui ne possède aucun équipement individuel ou abonnement à un service de transport collectif. « Ce chiffrage de 13,3 millions de personnes concernées par la “précarité mobilité”, met en lumière les fragilités d'une société toute entière, dépendante de la voiture individuelle - et, pour la majorité des automobilistes, des carburants fossiles - ou tout simplement oubliée des politiques publiques », indique le rapport. D’autant que les difficultés pour se déplacer peuvent parfois se cumuler aux difficultés pour se chauffer ou se nourrir. La France compte en effet 12 millions de personnes concernées par la précarité énergétique et 5 à 7 millions de citoyens touchés par la précarité alimentaire.

Des politiques publiques défaillantes en matière de mobilité

Les résultats du Baromètre posent un autre constat très clair : les politiques publiques sont défaillantes, car « trop souvent elles ne prennent pas en considération les besoins des différentes catégories de population et notamment ceux des plus fragiles. Elles bénéficient avant tout aux populations les plus aisées ou aux seuls urbains. »

A titre d’exemple, la politique ferroviaire axée sur les lignes à grande vitesse a d’abord profité aux CSP+ (catégorie « supérieure ») alors que le réseau intermédiaire et les petites lignes se réduisaient. Autre illustration, « la politique du tout-voiture, qui exclut une part significative de la population. Enfin, le passage à l’électrique contient un risque social, ignoré par les politiques publiques : l’absence de politiques incitant à l’évolution des usages automobiles, et notamment le partage, met en danger les populations qui resteront dépendantes du thermique.»

Les écarts se creusent

Dans les couronnes périurbaines, la voiture est le mode principal pour 87% des Français, contre 71% au niveau national. 79% des personnes interrogées disent ne pas avoir le choix de leur mode de déplacement, contre 45% au niveau national.

Si le Baromètre nous apprend qu’un Français.e.s sur 4 a changé ses habitudes de mobilité (davantage de marche, de vélo par exemple) depuis 2 ans, ce sont d’abord les CSP+ et les habitants des métropoles. A l’inverse, 80% des ouvriers affichent une dépendance à la voiture.

Enfin, au sein des actifs, de nouvelles formes d’inégalités apparaissent : les personnes ne pratiquant pas le télétravail affichent assez logiquement une dépendance plus forte à la voiture (52%).

Si les Français sont conscients des enjeux environnementaux à 72% et considèrent « urgent d’agir », une part significative des automobilistes n’a pas aujourd’hui la possibilité de choisir un autre mode de déplacement. Or l’empreinte carbone des mobilités pèse ainsi toujours aussi lourd : 16% des émissions de gaz à effet de serre de la France sont émises par les voitures particulières. « Il est plus que jamais indispensable d’accompagner le changement des pratiques », affirme le Baromètre.

LA PRISE EN COMPTE DES BESOINS DE MOBILITÉ DES HABITANTS EST INDISPENSABLE ET DOIT DEVENIR LA CLÉ DES POLITIQUES PUBLIQUES DE MOBILITÉ

« Il est plus que jamais nécessaire de sortir de l’impasse. C’est la condition pour respecter les objectifs climat et réduire durablement les inégalités », indiquent La FNH et Wimoov qui appellent le futur gouvernement à renforcer les mesures d’urgence face à la crise énergétique. Il s’agit notamment de renforcer les aides à l’acquisition de vélos, vélos électriques, vélo cargo, d’accélérer le déploiement du réseau cyclable en renforçant les investissements et enfin de favoriser le partage de véhicules, par exemple en systématisant les aires de covoiturage dans toutes les communes.

La FNH et Wimoov demandent d’autre part de lancer un plan social national d’accompagnement vers les mobilités durables. « La prise en compte des besoins de mobilité des habitants est indispensable et doit devenir la clé des politiques publiques de mobilité. Il est nécessaire de rompre avec une politique de l’offre, centrée sur les infrastructures. Ensuite, les entreprises ont un rôle clé à jouer, et il est temps de faire évoluer la gouvernance vers plus de transversalité. Enfin, ce plan d’accompagnement devra pouvoir compter sur une politique d’investissement massif notamment dans les alternatives et en particulier le ferroviaire. Ce plan permettra une application juste et ambitieuse de la Loi mobilité sur les différents territoires au cours des années à venir.

Ce sont là les conditions pour atteindre les objectifs climat et sortir des millions de Français de la précarité mobilité », conclut le communiqué.